Quelle est la différence entre l’exécution d’un condamné à mort et un assassinat ? L’un est légal et l’autre est un crime mais les deux donnent la mort. Entre ces deux manières de donner la mort laquelle est la plus cruelle ? Celle qui relève de la punition, sur laquelle la société tombe d’accord et à laquelle elle assiste fière de s’offrir un spectacle froid et cynique ou l’autre ? La mort, au nom de quelle loi, au nom de quelle justice, de quelle barbarie l’homme s’arroge-t-il le pouvoir de mettre fin à la vie d’un autre homme ? Quel prétexte suffirait à justifier l’acte de tuer.
.../... L’Afrique est le lieu par excellence où l’on touche du doigt les injustices et les disparités sociales entre les populations facteur des frustrations et des violences les plus extrêmes. Dans certains états du monde des condamnés à mort sont exécutés tous les jours, dans d’autres, des unités d’élite (escadrons de la mort) au service des pouvoirs politiques assassinent, liquident, nettoient. J’ai envie d’opposer le légal à l’illégal, le normal à l’anormal pour perturber nos bonnes consciences et nos indifférences devant le mal, devant la mort. Le silence des majorités impuissantes est une histoire inspirée des témoignages des parents et d’amis qui ont perdu l’un des leurs en Côte d’Ivoire entre 2003 et 2006 mais au-delà, cette histoire est commune à l’immense majorité des hommes vaincus et des causes perdues parce que muets.
Le texte
Comme ce fut le cas avec IMONLE et part la suite avec OMON-MI, le texte est écrit dans plusieurs langues dont des langues africaines. Faire cohabiter la langue française et les langues africaines au théâtre est une autre façon de dynamiser la francophonie. Il n'y aura pas de diversité cultuelle (cette étrange fumée venue des Nords pour masquer de trop grandes contradictions et mascarades intélectuelles) sans le respect des langues, ces véhicules indispensables pour nommer le réel et nos mythes, si heureusement dissemblables.
La mise en scène
La mise en scène est délibérément impudique voire violente ; elle prend le parti de creuser les plaies, offrir du nu et du cru. Osé et fou ! Elle s’appuie essentiellement sur le corps, les scènes en langues africaines sont sur-titrées par endroits. Ce spectacle se déploie en plusieurs tableaux esthétiques. Mêler les langues aux spasmes des corps endoloris, des cris et des mimes pour donner échos à tous les silences. Il y a d’un côté la réalité de la vie dans les guétos africains où les populations arrivent à peine à manger une fois par jour et de l’autre, les centres urbains accaparés par la bourgeoisie rampante où le luxe et l’abondance agressent ; l’enfer à côté de l’eldorado. Le décor et les accessoires fonctionnent ensemble et font partie intégrante du spectacle.