Dans les temps (français mais aussi européens) récents où l’on découvre partout la nécessité de « revisiter la mémoire », celles, entre autres des colonies, et celles des absurdités racontées dans nos livres d’histoire depuis si longtemps, aller entendre Alberto Garcia Sanchez pour corriger nos perceptions sur la découverte des Amériques (de la Conquista à Jacques Cartier en passant par Colomb) est un régal.
C’est le début d'une épopée formidable: le bateau coule, Padan échappe à la noyade en s’agrippant au cou d'un pourceau; accueilli par les Indiens, il est vendu à des anthropophages, sauvé de justesse par la jaunisse, il se fait sorcier, prend la tête de la tribu et chasse les Espagnols de Floride ! Simple et divinement jubilatoire, seul en scène mais comme il peuple la scène d’une foultitude de héros DarioFostiens, il ne l’est plus, assez fou et fondamentalement irradiant, Alberto fait un travail d’acteur, de conteur, de diseur, de manipulateur épique, dans un rythme qui défrisera les plus coriaces. Il y a la justesse et la performance. La générosité et la parlure. L’équilibre et le souffle au long cours !
Eric Libiot dans L'express dit de lui: Catalan à la gestuelle magnifique, [Alberto Garcia Sanchez] prend le texte à bras-le-corps, le mime, le malaxe, le déclame, le chuchote. Au récit picaresque de FO, qui dit l'éternelle nécessité de résistance en une parabole aux innombrables péripéties, répond la voix de Garcia, qui toujours rebondit sans jamais s'épuiser, qui prend le public aux premiers instants pour ne plus le lâcher.