Dernière création de Catherine Gaillard, présentée à l'autone 2008 à la Comédie de Genève, Flora Tristan campe la vie de cette femme haut en couleur du 19ème siècle. Aristocrate déchue, Femme socialiste et Ouvrière féministe, monoparentale qui parvient à faire rompre devant la justice son mariage, voilà Flora Tristan telle qu'elle s'est elle-même dépeinte. Femme de lettres, militante socialiste et féministe, elle fut l'une des figures majeures du combat social dans les années 1840, et participa aux premiers pas de l'internationalisme. La voilà, celle que craignait Georges Sand, celle dont les écrits ont inspiré Marx, celle dont le petit fils qu'elle ne connut jamais s'appelait Paul Gauguin. Ce spectacle est l'épopée de Flora Tristan.
Farouche d'absolu
A propos de l’histoire
« Son père, Don Mariano de Tristan y Moscoso, un noble péruvien descendant de Montezuma, s'engage comme colonel dans l'armée espagnol. En garnison à Bilbao, il rencontre Thérèse Laisnay, jolie française qui fuit la Terreur. Ils s'aiment, ils se marient et s'installent à Paris. Au mois d'avril 1803, une petite fille naît, ils la trouvent belle comme le printemps. Flora, Florita. Mais le monde bouge. Dehors, la révolution française a 14 ans. Son seul héritier, le Tiers-Etat, porte maintenant l’habit de la bourgeoisie. Nouveau nom du pouvoir, nouvelles grosses fortunes. La plèbe est le peuple, les manants sont des citoyens et les serfs des prolétaires. Nouveaux noms, mêmes infortunes. Flora a 5 ans. Son père meurt subitement. Et parce qu’un prêtre à oublié d’inscrire le mariage dans le registre officiel, Thérèse, d’épouse légitime devient maitresse entretenue et Flora, une bâtarde. On leur prend tout. La mère et la fille trouvent à se loger dans le quartier de la place Maubert, le quartier le plus pauvre de Paris. C’est là que Flora grandit, au dessus des cabarets et des maisons closes, des repris justice et des combines de la survie. Flora a 17 ans. Une longue chevelure brune et ondulée, un teint mat, de grands yeux noirs, et une silhouette élancée. » Ainsi commence le récit.
On est au début du XIXe siècle à Paris. Flora Tristan fait scandale, court les rues et les salons mondains pour dénoncer la misère sociale, la condition des femmes et des ouvriers, clamer le droit au divorce et revendiquer l'amour libre. George Sand la regarde d'un mauvais œil. Peu importe, Flora a le feu au corps et la foi à l'âme. L'infatigable visionnaire ouvre la voie au syndicalisme et se fait la porte parole d'un féminisme naissant. - Batarde : condition déchue d'aristocrate très riche, elle et sa mère sont dépossédées de tout et luttent pendant des années contre la misère. - Paria : elle refuse le mariage-prison dont les femmes ne peuvent s'échapper (le divorce est aboli). Mariage que toute sa vie elle appellera : la prostitution légitime. Elle brave la loi et s'enfuit avec son enfant du domicile conjugal, risquant ainsi l’emprisonnement. Jusqu’à parvenir le divorce plusieurs années plus tard. - Madame la colère : ce sont les journaux de l'époque qui la surnomment ainsi. Ses révoltes sont célèbres, ses indignations retentissantes. A ce moment de l’histoire, les prolétaires attendent la femme messie, telle qu'annoncée par les saint simoniens et les fouriériste. C’est dans ce climat qu’elle se révèle : initiant incontestablement tous les changements futurs.
Voilà son œuvre, bien plus importante que ce que les faiseurs de livre d’histoire à courte vue ont gardé d’elle : la grand-mère de Paul Gauguin. Voilà sont récit, celui de l'andalouse, la bâtarde, la paria, Madame la colère, la femme-messie, que la mort rattrape en 1844, à l'âge de 41 ans d'une balle que son mari lui avait tiré dans le cœur 5 ans auparavant.
A propos du spectacle
C’est un spectacle-chant d’amour que cette vie romanesque d’une figure historique racontée, pour qui les passions amoureuses - Flora Tristan avait la beauté fatale - s'aiguisent à la lame d'une politique sans concession. Et si dans la vie de Flora, le Mythe croise la mystique, c’est porté par une croyance illuminée, comme l’ont celles et ceux qui sacrifient leur existence dans une quête humaine plus grande qu’eux. Avec sa fougue si particulière, elle mêlera son destin flamboyant aux luttes ouvrières contemporaines.
Catherine Gaillard s’est faite la sœur intemporelle de Flora Tristan, sa jumelle presque. L’histoire ici est autant racontée que contée, narrée que jouée, jusqu’au murmure. Au point quelques fois d’être incarnée. La conteuse s’est posée «entre » Flora Tristan est nous, son auditoire, elle en est l’avocate, la biographe, la chroniqueuse. Progressivement durant le spectacle, Catherine Gaillard opère une sorte de mue, se porte au devant de la paria, se fond en elle, s’enivre d’elle, faisant de son corps un refuge possible pour Flora Tristan, avec une voix qui décline l’épopée, pas à pas, maux à maux, révolte à révolte, pensée à pensée. La théâtralité scénique est subtilement esquissée pour « rendre » possible le retour d’une âme errante (comme pour rendre possible d’entendre le souffle, le mouvement invisible de Flora). Une chaise, un cintre, et une robe que l’on devine en suspension dans l’espace situé derrière l’artiste, sont les uniques objets qui environnent Catherine Gaillard. C’est dans ce décor qu’elle déroule le fil de l’existence de Flora, ses nuits et ses jours, ses voyages, ses amants, son combat, sa fille, de telle manière qu’avec une forme narrative proche d’un film, la conteuse se rapproche de la métamorphose.
La voix est belle. Catherine-Flora entre en scène et n’en sortira qu’au final d’une émotion qui durant plus d’une heure aura fait son nid sur la scène, dans la mémoire des spectateurs.
C’est plus tard, en quittant le théâtre, que certains se souviendront de la grossière et insultante actualité de l’époque actuelle, et qu’ils feront le lien, naturellement, entre les fermetures d’usines de 2009 et la rage du combat de Flora Tristan.
A propos de Catherine Gaillard : quelques traits d’un portrait
Catherine Gaillard use de la parole pour le plaisir de dire, jouer, jubiler, mais surtout pour changer les choses du monde. En donnant à voir les rapports humains, elle veut infléchir le cours de l'Histoire. De sa lutte politique, elle fait une lutte esthétique : militante, elle montre dans Les Amazones la face cachée et la force des liens entre femmes. Politique, elle raconte la naissance de la lutte ouvrière à travers le récit de vie d'une de ses figures de proue : Flora Tristan. Féministe avant tout, elle redonne aux femmes d'exception, qui ont sans cesse porté des messages d’égalité, la place que le patriarcat leur a refusé et leur refuse encore dans les livres d'histoire. Elle défend à Genève la scène alternative et les intermittents-e-s du spectacle. Elle a mis sur pied la seule salle de répétition pour les arts de la parole, dans un espace d'expérimentation où le récit trouve à se déployer hors des contraintes du marché. Femme de parole, Catherine Gaillard poursuit en tant que militante et en tant qu'artiste un même but : créer une société plus juste et plus égalitaire.
La conteuse Catherine Gaillard s'empare de la vie romanesque de cette figure historique, où les passions amoureuses - Flora tristan avait la beauté fatale - s'aiguisent à la lame d'une politique sans concession. Avec sa fougue si particulière, elle mèlera son destin flamboyant aux luttes ouvrières contemporaines. Eva Cousido, responsable artistique de la Comédie de Genève
PROJET DE TOURNEE EN 2010
Juste avant sa mort, en 1844, une balle logée dans son coeur depuis maintenant 5 ans, Flora Tristan entreprend un tour de France des ateliers, forges, usines, chantiers ouvriers pour y semer la prise de conscience, la révolte, la contestation, la dignité, le combat pour une vie meilleure, contre l'oppression... Elle y rencontre les femmes et hommes qui sont les esclaves d'une industrie naissante... Catherine Gaillard envisage de faire le même trajet, et comme Flora Tristan, de porter son récit de ville en ville, théâtre en théâtre, chantier en chantier.
Voilà quelques notes qui, relatant le parcourt de Flora Tristan, balisent un trajet qu'i reste à faire.
LE TOUR DE FRANCE DE FLORA TRISTAN
AUXERRE 12-16 AVRIL 1844
Elle quitte paris en bateau à vapeur, discute beaucoup avec les mariniers, découvre leur condition, ils ne gagnent que 1.50 par jour mais sont nourris par le maître qui les traite plutôt bien. Arrivée à Auxerre, elle désespère de ne rencontrer que des ouvriers peu instruits mais ils s'enflamment lorsqu'elle prend la parole. Ce qui l'étonne et la conforte dans son destin messianique. Elle rencontre les compagnons du devoir de Liberté, dits Les Gavots, puis ceux de l'Union, qui souscrivent à son livre.
AVALLON ET SEMUR 16-17 AVRIL 1844
Elle trouve ces deux villes mortes, dit « parler à des sourds ». Elle place quelques livres dans les deux seules librairies, il lui semble « semer du grain sur des pierres...).Semur est un peu plus pittoresque, mais elle s'étonne que les « fameuses tours des Ducs de Bourgogne » ne servent plus à rien et ne soient reprises par l'industrie. Les églises lui font penser à celles du Pérou, trop de couleurs, de saint-e-s, de plâtre. Elle s'inquiète que les gens qui fréquentent de telles églises ne deviennent aussi grotesques que la décoration.
DIJON 18-24 AVRIL 1844
Dans la nuit de son arrivée elle ressent une émotion sublime qui la remplit de joie. En même temps elle souffre de terribles douleurs au ventre. La ville lui semble agréable. Elle visite peu, elle n'a pas le temps, elle passe néanmoins au « Musée », mais le « tombeau des Ducs de Bourgogne » ne lui semble pas si magnifique. Elle écrit : « que m'importe les pierres! Je donnerai la plus belle église de la chrétienté pour un ouvrier intelligent. ». Elle voit à Notre-Dame la vierge noire, « un horrible fétiche qui participe à l'abrutissement du peuple » et qui lui fait penser à un crapaud désseché. Elle va voir les journaux :le Courrier de la Côte d'or, le Spectateur. Et le journal de la Côte d'or, succursale de la Gazette de France. Là, elle rencontre Antoinette Quarré, femme du peuple devenue poétesse, remarquée par Lamartine. Mais elle ne s'entendent, pas, Antoinette s'est affranchie de ses origines et ne veut plus rien avoir à faire avec le peuple.Elle rencontre d'autres femmes et réfléchi beaucoup à leur condition. Elle cherche à rencontrer les femmes riches (la Marquise de Saint-Seine, 200'000 francs de rente) pour les faire participer au financement de son livre. Elle rencontre les ouvriers, les cordonniers, les menuisiers, et les saint-simoniens. Elle est lasse de voir ces derniers attendre la femme messie, persuadée qu'elle fera tout le travail à leur place. Elle rencontre l'évêque qui lui dit que si son Union devait voir le jour il la combattrait de toutes ses forces car elle n'est pas catholique et par conséquent ne peut être que nuisible et mauvaise.
CHALON-SUR-SAONE 25-27 AVRIL 1844
Elle rencontre Charles Lagrange, un « agitateur républicain » devenu député, qui ne parle que de « lui, son épée, ses sentiments pacifiques ». Il lui organise une séance devant 200 personnes, au 2/3 patrons « petits bourgeois », qu'elle déteste. Ils veulent lui dire à quel point son livre ne leur convient pas. Elle les écoute. On lui demande de prendre la parole. Elle refuse de parler de ses idées, ne parle que de souscriptions et adhésions. On lui demande pourquoi: elle explique qu'elle ne s'adresse qu'aux ouvriers et ne le fera pas en présence de leurs patrons. Ils demandent si après avoir souscrit, les patrons auront le droit de rentrer dans ces Palais de l'union ouvrière. Elle répond que non. Alors pas d'argent pour elle. Ils ne donnent même pas deux francs pour la classe ouvrière.
MACON 28 AVRIL-2 MAI 1844
Elle arrive très malade. Elle rencontre la phalange de Lamartine, réunie autour de leur journal : le Bien Public. Elle dit que « ces messieurs font de la politique démocratique comme leurs pères faisaient de la chasse afin d'occuper leur temps. ». elle visite le château de Lamartine Monceau (qu'elle trouve fort laid), les compagnons ont du mal à trouver du travail. Elle parle beaucoup avec les Mères des compagnons. Le travail se fait rare, les patrons font venir des paysans des campagnes qu'ils sous-payent.
LYON 2 MAI 14 JUIN 1844
Elle a d'abord une impression très négative de cette ville, qui lui fait penser aux villes anglaises. L'hôtel de Ville, la Préfecture, tout les monuments lui apparaissent sombres, durs, menaçants.
ROANNE 15-20 JUIN 1844; SAINT-ETIENNE 20-27 JUIN 1844; Retour à LYON 28 JUIN-7 JUILLET 1844; AVIGNON 8-18 JUILLET; MARSEILLE 19-28 JUILLET; TOULON 29 JUILLET-5 AOUT 1844; NOUVEAU SEJOUR MARSEILLE 6-12 AOUT 1844; NIMES 14-16 AOUT 1844; MONTPELLIER 17-27 AOUT; BEZIERS 29-30 AOUT; CARCASSONNE 31 AOUT-7 SEPTEMBRE; TOULOUSE 8-19 SEPTEMBRE; AGEN 20-25 SEPTEMBRE; ORDEAUX 26 SEPTEMBRE-14 NOVEMBRE