
L'afrique en morceaux est une pièce qui bouscule par l'actualité de son sujet : Une critique des plus dures réalités de l'Afrique où se télescopent les guerres civiles, la pauvreté, le parasitisme social, les pouvoirs, les errances, l'abandon… Cette vision, écrite par l'un des plus grands auteurs africains de la fin du siècle dernier, est une vision sombre, certes, mais vécue de l'intérieur, disséquée, caustique, bien plus juste que les descriptions catastrophiques des médias ou des pouvoirs occidentaux, observateurs passifs et complices des déchirures du continent africain.
L'Afrique en Morceaux est un donc un drame qui mêle plusieurs langages : la musique d'un duo virtuose (composée par Momo Wandel) et un ensemble de récits courts et indépendants que le comédien Ibrahima Bah porte dans un rythme enlevé, habité. Dans les tableaux et lieux de vie qui nous assaillent, le comédien est celui par qui tous les personnages (s') expriment, capable de se transformer en animal, objet, percussion, lumière, nuit, violence ou philosophe dérisoire pour atteindre ses buts. Nous sommes dans les maquis, les rues et les habitations, nous y sommes livrés à la démesure des tranches de vies humaines qui sont hissées au rang de mythe contemporain. Avec une écriture rasante, piquante, serrée, nerveuse, et d'une poésie rare, toutes les émotions se chevauchent : drôles, tragiques, crues, tendres, désespérées, énergiques. Les artistes d'Alakabon rendent ainsi leur hommage à William Sassine, mort dans l'abandon et la misère, surgit de l'ombre de ses mots, comme l'immense poète dramaturge qu'il n'a jamais cessé d'être, au rang des grands écrivains de ce monde. Trop tôt parti. Durée 1h30, à partir de 14 ans