
Mike est un Irlandais majuscule. Il vit un pied au Québec et une âme en Irlande. Il sculpte, a créé un Dojo (il pratique le Haïkido haute volée), fabrique des Kayaks, regarde les matchs de football à la télé avec ses amis du quartier portugais de Montréal, quand Manchester joue. Il rêve en gaélique. C’est le seul individu que nous connaissons qui raconte les yeux fermés, de sorte que ce sont les images que fabriquent sa voix et sa langue qui aveuglent, criantes et visibles. Par ordre décroissant, pour les connaisseurs, il préfère le Lagavulin, l’Ardbeg, le Talisker, l’Highland Park, le Laphroaig, le Cragganmore, le Bowmore, le Balvenie, le LongRow. Au delà de son répertoire de légendes irlandaises, Mike conte aussi une histoire particulière, celle des immrigrants Irlandais venus creuser le Canal Rideau, il s'agit de Ma tristesse sur la mer
Son dernier récit en 2009 est le fruit d'une commande, un défi presque, puisqu'il s'agissait d’écrire un conte sur les origines américaines, britanniques et canadiennes-françaises des Cantons-de-l’Est. D’abord présenté sur scène, le conte a ensuite été transcrit en français et en anglais avec les nuances de l’imaginaire du conteur, on peut l'entendre ici en version anglaise ou française.
Mike conte régulièrement depuis l’âge de dix-sept ans; il a dépassé la cinquantaine. Il connaît plus de contes qu’il n’y a de jours en l’année, ou de minutes en un jour… Mike Burns est un roc de passage à Dinan. Le monde pourrait partir en poussière pendant qu’il raconte il n’en serait que peu affecté. Les yeux fermés, la voix basse mais tranchante, l’Irlandais du Québec fait partie de la race des conteurs au long souffle, ancré dans la terre qu’il porte en lui. On guette sa prochaine venue en France et on vous tient au courant. La Parole, déc 2003
Pour évoquer au plus juste Mike Burns, il n'y a qu'à lire ce que dit de lui l'universitaire québécois, Christian-Marie Pons : Ses contes, il les tient de son père Conny et de Nell, sa grand-mère ; il les tient d’Irlande. Et même quand il les dit en français, c’est la langue de Gaël qu’on entend, avec le vent des fils d’Oïchin, le sel des mers celtes, l’âcre noir de la tourbe, l’or liquide des orges vieillies et cette ampleur du temps où les dieux se mêlent aux hommes. Et pourtant d’aussi loin, c’est bien ici qu’il les conte ce soir, où que nous soyons; tout à côté de nous, très proches, aspirés par son regard absent. En fermant les yeux s’ouvrent les oreilles. En s’aveuglant, il nous fait voir, il nous fait croire les yeux fermés. Le conte, chez Mike, reste fondamentalement lui-même : un art de la connivence, quand connivere veut d’abord dire « fermer les yeux », puis « serrer en se rapprochant »… … An uair atá ag trácht agam, do bhí gobán in Éirinn darbh ainm dhó an Gobán Saor… Dans ce temps-là, il y avait en Irlande un maçon. Il s’appelait Gobán Saor… La main sur le front, l’autre sous l’aisselle, Mike Burns taille le conte comme Saor le maçon taille la pierre, aussi bien. Avec lui, le vent des landes et le respire de la baie pénètrent en la maison, et habillent le silence des autres, aux yeux rivés sur ses paupières closes. Tout ouïe au galop des chevaux, des ruades de torrents, des colères déchaînées de forêts séculaires, des noces de neuf jours aux tréteaux lourds de nua gacha bi agus sean gacha di, de la bouffe la plus fraîche et la boisson la plus vieille. Mike est assis ce soir sur une chaise de bois comme il l’était sur le sable de An Trá Bhán, comme il le serait sur le tabouret d’un pub ou la banquette d’un roi. Il est assis. Mike est vêtu, ce soir, de velours et de laine, comme il l’était sur la grève de Kells, non loin, comme il le serait entre Guinness et Jameson, ou sur les planches sans fard d’un théâtre de passage. Il est vêtu comme d’habitude..