
Jocelyn Bérubé a fait le tour du monde avec sa voix, son violon et ses légendes propres à ce coin d'Amérique du Nord qu'est le Québec. Depuis trente ans, il incarne l'art du conte dans ce qu'il a de plus brut, de plus authentique. Sa matière, c'est la parole dans ce qu'elle véhicule d'histoires populaires. Alors, il la travaille passionnément, patiemment, jusqu'à ce qu'elle devienne belle, poétique, rassembleuse et porteuse de rêves universels. Chez Jocelyn Bérubé, tout est là : l'oeil pétillant, la présence unique, la voix qui vous transporte et vous fait avaler n'importe quelle couleuvre ! Parmi ses spectacles, Légendes et Portraits en blues de travail.
Musicien, compositeur, comédien au théâtre, à la télévision, à la radio ou au cinéma, narrateur, voix off, sculpteur et conteur, voilà ce qu’il a fait, ce qu’il fait, ce qu’il est, comme un funambule discret le jour, qui la nuit venant mue en assembleur du Grand Cirque Ordinaire, du nom de ses premières armes artistiques. Voir le site de Jocelyn Bérubé.
« Il est des personnages qu'on peut difficilement oublier une fois qu'on les a aperçus ou entendus, ne serait-ce qu'une seule fois. Jocelyn Bérubé est de ceux-là. Dans son cas, si sa silhouette ou celle de ses personnages plus grands que nature attire immanquablement l'attention, c'est surtout son art de raconteur, doublé d'un sens musical inné, qui en font un cas à part. »
Quand il s’en vient dire, il parle à la fois de loin (la traversée du temps, les compagnons de route, les mille métiers pour vivre, les expériences sans fin, la mémoire des trappes, des coupes, des forêts, des gens « de peu », des violoneux, des misères cachées et orgueilleuses, des fiertés fêtées durant de longues nuits blanches à taper du pied pour faire danser le plancher du monde…) et de près (ce trait d’union avec l’écoutant, enfant, adulte, ancien, riche ou pauvre, érudit ou analphabète, américain, africain, asiatique, européen, avec la même humanité que cache une pudeur sans égale. Prés de l’autre, donc, avec bienveillance).
Incarnant l’art du conte dans ce qu’il a de plus brut, il raconte comme on (se) métamorphose soudain en scène, dans une baraque, au milieu d’une assemblée, n’importe où dés lors que l’écoute se concentre, de telle manière que des gens viennent l’entendre pour chercher une sorte d’appartenance à un théâtre sans murs, sans distances, un théâtre de la vie familière qu’ils ne retrouvent plus dans le monde actuel.
Là se trouve une humanité qui nous dit que nous ne sommes pas encore devenus des machines, des consommateurs, des pions d’une planète boursière ou des piétons urbains mécaniques, anonymes et stressés.
Voilà ce que dis de lui Jean-Marc Massie, grand timonier du cabaret de Montréal Le Sergent Recruteur :
_Sculpture qui parle dans le bois de son être, chêne dont les puissantes racines viennent faire éclater le béton de l’aliéné, conteur-poète qui porte sa langue autant qu’elle le porte, Jocelyn Bérubé nous convie encore une fois, pour notre plus grand plaisir, à le suivre de l’autre côté du miroir, là où la réalité dépasse la fiction. Ce ne sont pas des rides que le temps a laissées sur son visage, mais bien des plis d’expression qui gravent sa peau parchemin, dont le tannage est le travail de souvenirs intimes qui font leur trace sur le cuir de la mémoire collective. Ses sourcils dessinent des accents circonflexes, lorsque l’émotion anime ses pattes d’oies. Il a traversé les décennies avec la plénitude de l’arbre pénétrant la terre de ses racines en même temps qu’il s’ouvre, par ses feuilles et ses fruits, à l’infini du ciel. Grâce à ce fabuleux conteur, je sais maintenant que le cheveu blanc est notre plus sûr allié, puisqu’il affiche la preuve du temps nécessaire à l’enracinement de notre identité. À l’ère du vinyle, les plus vieux d’entre nous ont eu la chance d’user les micros sillons de sa parole, en écoutant entre autres l’indémodable Nil en ville. Heureusement, les plus jeunes auront maintenant le privilège d’apprécier, sur support numérique, les contes et légendes de son cru gravés enfin sur disque compact. Avec Portraits en blues de travail, ce magnifique poète de la narration continue de porter son verbe en bandoulière, prêt à le lancer en éclair sur nos âmes de pierre pour ressusciter le Grand Cirque ordinaire de nos faits divers. La matière noble de son violon a toujours su réchauffer sa mâchoire afin qu’elle hurle à jamais la rage de tous les Tuyau Grandchamp de la terre. Jocelyn conte sans modération. Il est la passion libérée. De l’entité déracinée de Saint-Nil, il est devenu l’identité défoulée en ville. Pourtant, il n’a jamais quitté Saint-Nil. Il est devenu à lui seul son village, déchiré entre le béton et le bois rond. À Cap-Saint-Ignace, où il s’est retrouvé une terre, lorsqu’il sort sur la galerie puis va planter des arbres sur son terrain de bord de fleuve, c’est tout Saint-Nil qui revit. On pourrait presque voir la foudre illuminer les berges du Saint-Laurent, quand on entend, sous le silence du conteur, le verbe vif de son conte Wildor le forgeron faire renaître, dans le feu, la source de sa vie d’homme et d’artisan. - Vends, vends, pendant qu'il est encore temps ! Vends-moi ton âme, c’est le bon moment ; je vais négocier tout ça pour toi ! C’est quand on spécule qu’on fait des pécules, le vieux ! J’ai fait les plans, je vais en faire un bel emplacement pour une future chaîne de restaurants, et pourquoi pas, dans un avenir certain, ce qu’on appellera un centre d'achat, et cetera... ra…rat !
Le pauvre Wildor était sur le point de mettre sa croix en bas du contrat quand, tout à coup, il a eu l’impression d’entendre le vieux coq rouillé du clocher lancer un soubresaut de cocorico imitant une boutade jadis entendue, dans son jeune temps : « Un jour, je te souhaite d’en faire autant ! »
Le vieil artisan n’a pas baissé les bras et, de ses grosses mains cornées, a empoigné par les cornes le petit diable à l’allure visqueuse pour le lancer dans le tonneau d’eau ferreuse servant à refroidir le fer chauffé. On disait de cette eau qu’elle était magique : le p’tit diable râlait et s’y débattait comme dans de l’eau bénite. Wildor, l’âme en paix, décida que sa dernière œuvre était arrivée et qu’il fallait la signer.
[…] Le soufflet s’est mis à s’étirer de nouveau et à respirer comme une âme qui renaît.
[…]
Dehors, le géant de l’immobilier s’était immobilisé et les béliers étaient à la renverse, effrayés par la musique magique sortant de ce lieu antique. Dans le fond du tonneau en fer, un clou rouillé et crochu disparut, comme un diable vaincu par plus fort que lui !
Je vous ai parlé de Wildor le forgeron, mais j’aurais pu aussi citer des extraits d’Alexis le Trotteur, du Rocket ou d’Aurélien, des fictions dans lesquelles le conteur-poète nous décrit, avec finesse, des personnages et des lieux tous plus fantasmagoriquement réalistes les uns que les autres. Conte ? Poésie ? Ou alors conte poétique ? Il n’est pas rare de voir Bérubé se livrer sur scène à des improvisations au cours desquelles il laisse la parole spontanée le mener à la frontière du conte et du poème. Jocelyn Bérubé est, sans aucun doute, l’un de ceux qui sont allés le plus loin dans cet exercice du métissage de ces deux paroles. Je me rappelle, un été, avoir entendu notre « homme qui plantait des arbres » me raconter comment il avait gossé un piège à marmotte afin d’attraper une fois pour toutes la bête malfaisante, ce carcajou de pacotille trouant son terrain, ravageant son territoire, son espace vital, en plus de menacer la visite qui s’attardait un peu trop autour du refuge de la bête. Une fois le mammifère piégé, Jocelyn me conta qu’il fut bien embarrassé. L’idée de l’assommer mortellement d’un bon coup de masse lui était insoutenable. Il finit par l’amener faire un tour de voiture pour finalement relâcher la bête dans la nature afin qu’elle rejoigne ses semblables. J’entends encore Jocelyn me narrer la fin à la fois tragique et comique de sa proie : « C’tu assez innocent, une marmotte. Plutôt que d’profiter du sursis que je venais d’lui donner, elle a rien trouvé d’mieux à faire que d’aller s’dorer la couenne, étendue en travers des rails du chemin de fer. Pis là, l’incroyable est arrivé. Elle, la maudite niaiseuse, a continué à s’faire bronzer sans se soucier du train qui arrivait full pin. Pis y s’é passé ce qui devait s’passer : le train y’a passé dessus. Bâtard, j’avais pourtant tout fait pour m’en débarrasser sans la tuer, mais faut croire que son heure était arrivée. Maudit qu’c’é innocent sans bon sens une marmotte, j’en r’viens juste pas. Maudit qu’c’é…. » Je revois Jocelyn dans mon salon pour le combat Lucas-Beyers, ne dépareillant pas dans cette assemblée où régnait la testostérone des gérants d’estrades. À la fin du combat, le commentateur télé vint confirmer ce que nous avions tous crié à l’unisson, lorsque Beyers fut déclaré vainqueur : « Ça pas d’crisse de bon sens, l’histoire du Rocket se répète ! » L’heure passait et Jocelyn était toujours aussi pompé, il n’arrivait pas à revenir à la réalité, toujours accroché au dernier round, le visage empourpré, les muscles bandés, prêt à bondir sur l’adversaire. Il réagissait comme si les juges venaient de lui faire un affront personnel. Heureusement, nous avons réussi à lui rendre sa bonne humeur en l’assurant que, si Dieu existe, Lucas aurait son combat revanche, et qu’il l’emporterait haut la main, histoire de prouver au monde entier l’injustice monumentale dont l’un des nôtres avait été victime. Jocelyn, comme tu me l’as si bien montré, je t’embrasse à la russe, fermement sur la bouche, de cette fermeté qui efface toute trace d’ambiguïté, non par gêne ou pudeur, mais bien pour que demain nous puissions encore nous perdre dans les fantasmes de tous ces gérants d’estrades qui, à défaut d’avoir un pays, continuent à rechercher l’odeur de la victoire, fût-elle incarnée par un boxeur en sueur. Enfin, quelques mots de Brel pour souhaiter longue vie à ton dernier-né en blues de travail : Jojo voici donc quelques rires, quelques vins, quelques blondes. J’ai plaisir à te dire que la nuit sera longue à devenir demain._ Jean-Marc Massie Bordeaux – printemps 2003
PETITE EXISTENGRAPHIE INCOMPLETE
Carnet de voyages : Qu’est ce qu’une carrière de 30 ans ? Des premiers set jazzy ou folqueux dans des clubs de Montréal aux hommages rendus, de Berlin au Rwanda, de l’Amérique profonde aux points cardinaux du Canada ? Que faut-il retenir ? Si ce n’est les milliers d’intimités croisées, les centaines de nuits à rebrasser le Monde… Les visages ? Les inconnus ? Les hôtels ? Les salles ? Les amitiés ? Les conversations tardives ? Les rires ? …
Petit retour sur cartes
- Alliance Française, Chicago - Première partie de Gilles Vigneault - Narrateur pour le ballet Casse-Noisette produit par les Grands ballets canadiens - Festival « Beyond the Border », Pays-de-Galles, UK - International Storytelling Festival, Seattle, USA - Festival « Out of Doors », au Lincoln Center, New-York, avec Dan Yashinsky - Festival of Storytelling, Toronto - Vancouver Storytelling Festival à Vancouver - Effectue une tournée dans les universités et High Scholl nde 33 villes américaines dont Philadelphie, Washington, St-Louis, Détroit, Boston (Berkley School of Music), New York, Baltimore, Memphis, Kansas City, Chicago, Atlanta, Nouvelle-Orléans, … - Ottawa Storytelling Festival à Ottawa - Est Invité au festival CAJUN de Lafayette, Louisianne, Etats-Unis - Les beaux parleurs, Musée de la Civilisation à Québec, spectacle avec Gilles Vigneault - Opéra Roc et Fleuve - Spectacle à l'Université de Toronto Pierre-Jakès Hélias - Invité par le poète Robert Springhurst de Colombie Britanique au Festival of Storytelling de Toronto - DansY a tellement tant d’espoir avec les poètes Gaston Miron, Gilbert Langevin, Paul Chamberland et Yves-Gabriel Brunet - Trompettiste sur le premier 45 tours du trio Paul et Paul - Joue dans des bars, clubs, du Québec - Champion violoneux de la Côte-Nord
- Festival Paroles francophones à Abidjan. A jouée à Strasbourg, Dijon, Verdun, Amiens, St-Nazaire, Saint-Malo, Nantes, Messac, et à Bruxelles. Est invité d’honneur au festival de la Bogue d’or à Redon. Joue à Paroles d’hiver en Bretagne, invité d’honneur encore une fois. Tournée dans la région de Champagne Ardenne, dans le cadre du Festival Les Diseurs d'histoires, au Nord et Pas-de-Calais, dans le cadre du Festival Conteurs en Campagne organisé par les Foyers ruraux Nord-Pas de Calais. Revient jouer à Niort, à Toulouse, à Paris au Théatre du Rond-Point lors des 2e Jeux de la francophonie. Se produit à Paroles d’Alès, aux Tombées de la Nuit de Rennes, … En 1982, il est l’invité de l'Akademie der K’unste de Berlin-Ouest La même année il est l’invité de la Semaine culturelle de l'Université nationale du Rwanda à Butare, Afrique Centrale
L’HOMME MULTIPLE
Conteur, narrateur, voix, pour la télévision, comédien et conteur pour la radio. Compose pour la télévision, le théâtre, le cinéma et la radio.
Comédien au théâtre
LA RACCOURCIE, mise en scène de Jean-Rok Gaudreault L'HISTOIRE DU SOLDAT, C. Ramuz et I.Stravinsky, mise en scène de Jean-Claude Côté MARIAGE de Gombrowich , mise en scène de Jean-Maurice Gélinas MINNA VON BARNHELM, mise en scène de Lessing, lecture publique, GILMORE de Pierre Legris, mise en scène de Martine Beaulne LE DIABLE PAR LA QUEUE, mise en scène de Claude Laroche, CINQ NOS MODERNES de Mishima, mise en scène: Martine Beaulne ONCLE VARNIA de A. Tchekhov, mise en scène de Lou Fortier MARIANNE, INTERIEUR NUIT de Serge Ouaknine, mise en scène de l'auteur UNE PORTE S'OUVRE de Jean-François Caron, mise en scène d’Alice Ronfard (Théatre d'intervention) PORTRAIT DE LA VIE QUOTIDIENNE de F.-X. Keroetz, mise en scène d’Alain Fournier CRAC de Tom Topor, mise en scène d’André Legault AVEC LORENZO À MES COTES du Grand Cirque Ordinaire, mise en scène de Raymond Cloutier LES PORTEURS DES PEINES DU MONDE d’Yves Sioui-Durand, mise en scène d’Yves Sioui-Durand CHILE VENCERA, mise en scène de Jean-Guy Sabourin LA NUIT DES ROIS de Shakespeare, mise en scène: André Brassard HOTEL HILTON, PEKIN de Eugène Cloutier, mise en scène de Paul Buissonneau Etc.
Comédien au cinéma
NUIT PÂLE, de Jean Beaudry LA FENETRE, de Monique Champagne LAMENTO, de Pierre Jutras MELANIE, CAUSE PERDUE, de Jean Beaudry LA FILLE DU MAQUIGNON, de M. Mazouz LE ROYAUME OU L'ASILE, de Jean et Serge Gagné LES ENFANTS DE LA RUE, de Roger Tétreault BACH ET BOTTINE, d’André Mélançon LES FOUS DE BASSAN, d’Yves Simoneau QUI A TIRE SUR NOS HISTOIRES D'AMOUR, deLouise Carré L'HOMME À TOUT FAIRE, 1er rôle, de Micheline Lanctôt L'AGE DE LA MACHINE, de Gilles Carle GINA, de Denys Arcand
Comédien à la Télévision
LE SORCIER, téléfilm d'après le roman de Francine Ouellette MARILYN de Lyse Payette SCOOP de R. Tremblay NENETTE Téléfilm d’Andrée Pelletier André Mélançon L'HERITAGE de Victor-Lévy Beaulieu LE TEMPS D'UNE PAIX de Pierre Gauvreau L'AMOUR AVEC UN GRAND "A" de Jeannette Bertrand SIR WILFRID LAURIER de Louis-Georges Carrier LA VIE PROMISE de Gilles Sénécal LES TRAVAILLANTS de Jean-Pierre Morin LES FILS DE LA LIBERTE de Jean-Pierre Morin L'ENVERS DU DÉCOR (portant sur sa carrière) de Roger Létourneau
Enregistrement et publication
- At the Edge, A Book of Risky Stories, de Dan Yashinsky, Toronto Rag Weed Press. Dans cette anthologie de conteurs, le conte Le forgeron est traduit et publié sous le titre The Blacksmith - Next Teller, de Dan Yashinsky, Toronto Rag Weed Press. Dans cette anthologie de conteurs canadiens, le conte Le vaisseau fantôme est traduit et publié sous le titre Ghost Ship - The Storyteller at Fault, de Dan Yashinsky, Toronto Rag Weed Press, The Island publisher. Dans cette anthologie de conteurs canadiens, le conte L'Oiseau couleur du temps est traduit et publié sous le titre The Bird Colour-of-Time - Coauteur de T'es pas tannée Jeanne d'Arc du Grand Cirque Ordinaire, de Guy Thauvette, Editions Les Herbes rouges. - Le quai des désirs conte original publié par Sylvain Rivière, Editions Humanitas - Les Morue, conte original publié dans Monologues québécois Anthologie, Editions Léméac - La bonne aventure deuxième long-jeu solo comme conteur et musicien (Disques Intérim) - Monologues québécois de Doris-Michel Montpetit, éditions Léméac, un monologue inédit - Nil en ville premier long-jeu solo comme musicien et conteur: (Etiquette Solo-Productel) - Le Grand Cirque Ordinaire participation comme conteur et musicien au microsillon (Etiquette Capitol) - Voix pour bande sonore, pièce de théâtre pour enfants: Poussières de lit, de Pierre Drolet et Vincent Beaulne. - Voix dans «Le diable à la danse ». Office National du Film - Voix dans « Dernier Envol », film d'animation de Francine Desbiens.Office National du Film