poésie/Haïti

    James Noël

    Début 2009 est paru aux éditions Vents d'Ailleurs Vents d'ailleurs le trés beau Le sang du vitrier : entre un hymne engagé à l'amour et une colère orageuse, se dégage de sa poésie, comme il se plaît à l'appeler, "la métaphore assassine" ! : Mes flashs poétiques, dit-il, loin de toute hystérie, sont l’expression d’une crise de nerfs contrôlée. Exorcisme intime, façon Hugo d’appeler Léopoldine en table tournante. J’écris pour avoir de mes nouvelles, me convoquer en un tour de main… ». L'excellent site d'Ile en Ile donne de nombreuses pistes sur James Noël. On peut y entendre en français sa poésie ici, ou en créole ici

    Cette page est en cours de construction. Merci de nous contacter pour toutes infomations sur James Noël.

    James Noël est en résidence d'écriture (soutenue par le Conseil Régional d'Ile de France) à la Cie du Temps de vivre, Colombes, jusqu'en octobre 2009. Il a fait paraître (voir ci-dessous) avec Rodney Saint-Eloi une anthologie de la poésie qu'il décrit ainsi : Voici une anthologie qui dit la vigilance et la révolte… Voici une anthologie qui ramasse les cris des fils et des filles d’une nation. Voici une anthologie qui rassemble le grand cri des orphelins. De ces fils et filles illégitimes de la nation qui crient leur grand cri comme un grand boucan de ferveur pour dire merde aux bien-pensants, et pour refuser l’héritage, et pour signifier la solitude immense d’être des fils sans passé, et pour marquer la rupture : les aînés sont bel et bien morts au miroir de leur confortable pustule de honte et de misère. Ces jeunes qui ont appris sans savoir comment à dormir les poings fermés, avec les vers de Césaire se sont réveillés en criant : « Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ; mon âge : l’âge de la pierre. »

    Présentation de James Noël par Rodney Saint-Éloi

    Monsieur le poète !

    Dans un pays ségrégué, il fait bon dire monsieur... pour marquer le pas, pour renvoyer l'ironie sociale. Donc, monsieur Noël, pour parler d'un poète, pour renverser les mots (et les morts), pour secouer les images qui sommeillent sous le poids des statues, à l'ombre d'une vieille syntaxe, d'une position faussement rebelle, pour tordre le cou aux assis, aux gribouilleurs, aux spécialistes des cabinets et des ministères, aux fils et filles à papa, et aux ayants droit.

    Je dis monsieur pour saluer l'auteur de ce recueil, qui fera date dans l'histoire littéraire haïtienne. Pour saluer James Noël, et son ouvrage qui porte le titre singulier Le sang visible du vitrier (1), et qui, à la manière de son auteur, révèle l'audace des phrases et du ton insensé des écorchés vifs. Grâce, amplitude, élan, ferveur et puissance ! Tout cela dans un art sans concession. « je suis celui qui se lave les mains avant d'écrire »(p. 21)

    J'aime ce travail de vitrier à la Otavio Paz, ce soin artisanal et ludique qui façonne le geste poétique et donne à chaque expression sa portée, son espace spatio-temporel et sa justesse. James Noël est le poète du dire de haut vol, de l'éloquence souveraine, laconique, révoltée et belle. Et quelle limpidité dans cette aventure qui est à la fois sens, beauté, et éthique du dire et du faire ! Aussi en exergue lit-on cet extrait d'un verset du Coran : «Je pensais toujours qu'il me faudrait un jour rendre compte ».

    Le vitrier, celui qui fabrique et pose les vitres, a besoin d'engagement, d'embrasement et de clarté. Métier de la transparence, donc de gens de bonne volonté, aux mains propres, à la personnalité nette comme la couleur du sang ! Quel détour pour épingler une élite encrassée, répugnante... C'est que James Noël a l'art du contraste, et cultive sens et non-sens. Lumières et ombres se côtoient et s'interpellent.

    L'innovation ici est dans la constante affirmation de la négation. La figure de la négation, libertaire et anarchique, devient elle-même vision d'un monde libéré des carcans et clichés de représentation. Il refuse l'accommodation, le silence payant, et le consensus. James Noël arrive ainsi à trahir et nier tout ce qui jusqu'ici a constitué (pour une bonne part) le territoire poétique, c'est-à-dire, le déterminisme nationaliste. Il refuse le chant complaisant et hypocrite du terroir, la revendication facile des fous et faux frères de l'île :

    « Nous ne sommes pas de cette rue ne sommes pas de ce village sommes pas de ce pays pas de ce monde » ( p.25)

    Le poète a déserté le camp des complexés et des chauves-souris. Il refuse les compromis et compromissions ordinaires. Ni porte-parole, ni pirate, ni fonctionnaire de la débrouille, James Noël chérit sa liberté, et fait partie d'une espèce en voie de disparition. Libre, seul sur son chemin, il trace le sentier des étoiles, la dérive des êtres et le bleu des mers. Il est grand dans ses refus. Dans ces kilomètres carrés de ressentiments, foire d'empoigne à monstres et à aliénés, Noël a su parler de sa parole et de sa voix, et naviguer à contre-courant dans le fleuve qu'il s'est lui-même choisi : le large univers des mots et des étoiles.

    « je suis poète sans chapeau d'île » (p.43)

    Conscient que l'île est souvent prétexte et piège à rats, catastrophe à la pensée préfabriquée, repères d'autocrates et de zombies, le poète brûle les certitudes nationalistes, les drapeaux et porte-drapeaux des riches, des pauvres, des soumis, des larbins, des intrigants, des autocrates, des papes, des bandits. Car il en sait trop de ces phobies îliennes. « ivre cette île qui tue ses anges par overdose » (p. 67)

    Étrangeté, absurdité du monde. Car « les jours sont absurdes», ne reste que la haute magie de l'amour, qui aide à passer l'attente. En fin de compte : «le seul pays est celui des oiseaux migrateurs.» (p. 91)

    James Noël rêve également d'une «île-monde», ouverte à la fraternité des mots, à la générosité, à la vie nouvelle à venir. Insoumission, révolte, et nécessité de la refondation d'un monde transparent, fait d'amour, et du sang du vitrier : j'aime cette manière de tenir entre les mains l'espoir fragile, comme un morceau de pain, un verre d'eau ou un ciel d'octobre.

    P.S. : Monsieur Noël, merci, pour avoir rompu avec ces ritournelles, et ces déclarations de circonstances poétiques, trop lapidaires, des notables certifiés !

    (1) James Noël, Le sang visible du vitrier, préface de Jacques Taurand, CIDIHCA, Montréal, 2007. Rodney Saint-Éloi. Quelque part, entre Boston, New York et Montréal, janvier 2008.

    DERNIERE NOUVEAUTE , MAI 2009

    « Fondamentalement, la vie est tension » Frankétienne

    Une anthologie pour déterritorialiser et décomplexer… par James Noël et Rodney Saint-Éloi

    La nouvelle anthologie de poésie haitienne, appelé "Cahier-Haiti", parue chez “Le Chasseur Abstrait" a été présentée au grand salon du livre en mars denier à Paris, où elle a eu un succès indéniable. Cette vaste publication, considérée par plus d’un comme une mine d’or de la littérature haitienne contemporaine a eu comme maître-d’oeuvre, le poète Fred Edson et James Noël. Appréciez la Postface de ce dernier, écrite avec la complicité du poète-éditeur Rodney Saint-Eloi.

    Cette anthologie a cela de très particulier en ce qu’elle rassemble à la fois un certain nombre de peintres et un nombre certain de poètes. Une union libre étalée sur plus de six cents pages, avec une soixantaine d’artistes parachutés de trois générations différentes. Une tentative de concilier aujourd’hui deux formes d’art, qui étaient pourtant si liées. On se rappelle au début du Centre d’Art en Haïti dans les années quarante la cohabitation entre peintres et auteurs. Les deux écritures se recoupaient, les imaginaires aussi. Et les premiers critiques n’étaient ni chirurgiens ni marchands, ils cherchaient en dessous des formes et des couleurs l’audace de la représentation.

    Les créateurs de ce Cahier ne résident pas tous au pays natal. Question de déterritorialiser. De situer Haïti au coeur du monde et de la diversité. Une manière de répondre présent au combat du monde. De dire non surtout à l’indigénisme et au noirisme bon marché qui ont perverti les imaginaires. Nombre de ces auteurs habitent en France, résident au Canada ou encore aux États-Unis, et pour rendre finalement le rapport de cet atlas littéraire éclaté, le grand nombre habite en Haïti, y professe au jour le jour le métier de peintre et / ou de poète, dans la fragilité d’un pays aux rêves inondés.

    Le mode d’emploi pour une telle anthologie nous semble simple : laisser ouvertes les fenêtres, tendre la main et le coeur aux autres, aller lentement à l’intérieur de la chose poétique, lutter contre la censure, sortir du cercle de la punition et de la récompense, être tout simplement en marge des chemins des notables qui voient toujours de travers et qui pensent toujours trop en rond. Cette anthologie est en ce sens atypique. Il n’y a ni ayants droit, ni experts, ni tyrans démoniaques, ni démolisseurs patentés. On y retrouve seulement des gens qui dérident les mots et les couleurs, qui contraignent le soleil à rester debout dans l’horizon troué et qui poursuivent un impossible rêve.

    Le pari dans cette anthologie est qu’il y a des dizaines de jeunes qui sont ici à leur première publication… qui écrivent ou qui rêvent de ces pages. Et voici, ces pages sont noircies à l’encre du poème. Est-ce une bonne chose cette manière de décloisonner, de donner à ces jeunes gens avides de pain, d’eau et de mots ces quelques pages ? Quel sens peut donc avoir cette ouverture poétique, qui fait des mots et des formes une aventure inconnue, dans ce pays où d’ordinaire, on est écrivain en famille comme on accueille un héritage. Peut-être que certains d’entre eux ne dépasseront pas cette publication. Peut-être aussi que c’est la figure de Legba qui vient sauter les barrières dans ce pays qui avance d’une exclusion à une autre.

    C’est en fait l’objet même de cette anthologie de brandir les armes miraculeuses de la colère De donner voix et corps à ces jeunes affamés de l’espoir D’incendier les citadelles de l’ennui et de la bêtise De dire oui à l’ensemencement de la colère D’apprendre à regarder demain avec dans les yeux mille soleils cannibales.

    Certes, outre le décloisonnement et la déterritorialisation, ce qui particularise ce collectif est la colère qui travaille les textes et ces toiles de la troisième génération, et qui affirme, exprime, étale au grand jour un univers vivant, sous les décombres d’un pays sinistré. Et cette parole de révolte, d’espoir, d’amour, de bonheur trahi, espéré, reporté fait que l’on perçoit à travers ces bouts de phrases trop hachées, ces émotions qui enivrent comme un bon coup de rhum, et ces douleurs absolues comme si à l’autre bout du combat, l’espoir était l’unique rendez-vous.

    Voici une anthologie qui dit la vigilance et la révolte…

    Voici une anthologie qui ramasse les cris des fils et des filles d’une nation.

    Voici une anthologie qui rassemble le grand cri des orphelins. De ces fils et filles illégitimes de la nation qui crient leur grand cri comme un grand boucan de ferveur pour dire merde aux bien-pensants, et pour refuser l’héritage, et pour signifier la solitude immense d’être des fils sans passé, et pour marquer la rupture : les aînés sont bel et bien morts au miroir de leur confortable pustule de honte et de misère. Ces jeunes qui ont appris sans savoir comment à dormir les poings fermés, avec les vers de Césaire se sont réveillés en criant : « Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ; mon âge : l’âge de la pierre. »

    Voici une parole inhabituelle qui crache comme un volcan et qui traverse le monde pour refuser la mort. Jamais dans cette littérature, un seul ouvrage n’a réuni autant de naissances que celui-ci. Naissances qui restaient en veille ou demeuraient latentes jusqu’à hier, s’affirment aujourd’hui comme des bombes à retardement. Une explosion massive de sang neuf dans le corps des textes, un boucan d’artifices dans la nuit poétique.

    En cet âge triste composé d’assis et de poètes à gage, quoi de plus heureux qu’une arrivée en foule, de femmes et d’hommes aux mains libres.

    Génération 1 - Années 20-40 : René Depestre - Anthony Phelps – Franketienne -Georges Castera— Jean Métellus - Claude C. Pierre - Émilie Franz - Gary Klang - Jacques Ravix - Josaphat Robert Large - Jean Saint-Vil-Syto Cavé - Tomy M-Day - Marie Alice Théard - ; Génération 2 - Années 50-60 :Joel Desrosiers, Robert Berrouet Oriol, Michèle Voltaire Marcelin - Elsie Suréna -Saint John Khauss- Jean François dit Avin ou A20 - Paul Harry Laurent - Frantz Dominique Batraville - Max Freesney Pierre - Jean Dany Joachim - Marc Exavier - Rodney Saint-Éloi - Pradel Henriquez - Jean Armoce Dugé - Élodie Barthélemy - Alex Laguerre - Mathurin Rodolphe - Hugues Berthin Férol - Génération 3 - Années 70-80 : Emmelie Prophète - André Fouad - - Guy Junior Régis - Pierre Pascal Merisier dit Pasko -Kerline Devise Jean Marc Voltaire - Patrick Louis dit Kanga - Pierre Moïse Célestin - Joseph Edgard Célestin - Pierre James - Jean Pierre Jacques Adler - Antoine-Hubert Louis - Josenti Larochelle dit Mistè Tchik - James Noël - Damas Porcena dit Damson - Kevens Prévaris - Walner O. Régistre dit Doc Wor - Jonel Juste - Jean François Toussaint - Jean Emmanuel Jacquet - Angie Fontaine - Makenzy Orcel - Fred Edson Lafortune - Duckens Charitable dit Duccha - Coutechève Lavoie Aupont - Jean Venel Casseus - Mlikadol’s Mentor dit Nadol’s Réginald Jean-Louis-Dovilas Anderson—- Romilly Emmanuel Saint-Hilaire - Jean Davidson Gilot. - Postface de Rodney Saint-Éloi et James Noël.

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