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    Art de la Parole / France

    Bernadéte Bidàude

    Bernadéte Bidàude fait partie du petit groupe à l’origine et fondateur de ce que certains appellent le renouveau du conte il y a 20 ans. Bernadéte vit en Vendée, et ne cesse de travailler sur les oralités contemporaines, dans ce qui va et vient entre le réel et l'imaginaire. Bernadète Bidaùde est de celles et ceux qui pensent leur art, créent, bâtissent leurs oeuvres au beau milieu des problématiques contemporaines, au beau milieu/avec/au côté des communautés humaines. Pour accéder sur son site : Bernadète Bidaùde Ses derniers spectacles, une trilogie sur l'intime En route,Tourmente et Fleur de Peau

    Hélène Azéra (Libération) dit d'elle : Pour se venger des comiques gras, mordons dans cette pomme de conte que présente Bernadète Bidaùde. Dans un style précis et incisif, passant du quotidien au merveilleux, elle glisse le présent dans des histoires anciennes. La voix très douce, presque murmurée, s'enflammant jusqu'au lyrisme. Elle explique sa démarche ainsi : Tout d'abord parce que l'écriture de toutes mes créations se nourrit de rencontres avec les gens, d'un contact proche avec la population de divers pays. Lors de ces échanges, des paroles circulent, des silences aussi. Ensuite parce que je crois que dans l'ordinaire, il y a de l'extraordinaire; parce je suis sûre qu'il n'y a pas de petites choses; parce que souvent beaucoup n'osent pas prendre la parole et qu'il n'est pas rare d'entendre qu'ils n'ont rien d'intéressant à raconter... alors que des milliers de trésors restent en suspension.Et je suis « ravie », dans tout les sens du terme, d'être leur oreille! Tout comme de les accompagner lors d'ateliers d'écriture. Et puis j'aime à rencontrer le monde au plus près; là où les gens habitent, là ou ils vivent; j'aime arpenter un nouveau territoire en tous sens afin d'y trouver un nouvel élan dans l'écriture, une nouvelle rêverie qui puisse générer une nouvelle création. Je crois aussi que tout le monde a le droit au meilleur là ou il vit, et que la rencontre artistique aide à la fois au dérangement et au réenchantement du monde.

    Portrait d'une artiste : la vie, cette trajectoire

    Issue d’un milieu paysan, Bernadète a croisé très tôt les nombreuses problématiques d’un monde rural en pleine mutation, celui des années 70, dans une région, la Vendée, pétrie (et obstinée par) de lourds héritages, où vivaient des populations arc-boutées sur des certitudes et des conceptions figées de la vie que sont venues perturber les vagues de l’éducation populaire. C’est dans ce sillage d’une de ces associations d’éducation populaire que Bernadète au mitan de ses 25 printemps prend la tangente et commence à interroger, à partir de sa propre histoire, de son environnement souvent lourd et pesant, les cultures, les mémoires souvent sélectives, les non-dits, les territoires et leurs passages secrets, les langues et les accents, les traces, enfin, ce qui la conduira vers son premier chantier de collectage autour de l’oralité enfantine.

    Si la question de la culture locale est importante comme les interrogations qui vont avec, c’est d’emblée en expérimentant la formule qui dit que l’universel, c’est le local moins les murs. A ce moment là, l’époque, partout en France, est aux actions de terrains : on parle, on résiste, on (se) fédère, les clivages sont contestés, les baronnies aussi, l’illusion des glorieuses a fait long feu, les fractures d’une société deviennent apparentes, on bouge, et aux petites trahisons succèdent les engagements, les fidélités. C’est ainsi que Bernadète poursuit son apprentissage passant d’un métier à un autre, sur un territoire dont elle étend la superficie (géographique, sociale, culturelle, économique) avec une cohérence qui va s’affirmer de plus en plus dans la vie qu’elle va se construire plus tard. C’est dans cette agitation qu’elle devient animatrice d’un mouvement d’ouvriers paysans, puis qu’elle travaille dans un centre d’alcooliques récidivistes, et plus tard dans un centre d’accueil de jeunes filles désocialisées.

    Ces fils tissent ensemble un canevas, celui de la Parole qui va prendre, à travers cette initiation existentielle, politique, une place centrale, jusqu’à ce qu’entendre, comprendre, fouiller les racines aboutisse à conter, raconter, dire, écrire.

    Rien ne se fait sans que des influences nourrissent une histoire, ou des modèles, des passions et des découvertes, fortuites et fruits du hasard ou provoquées, proches ou lointaines. Il peut s’agir d’emprunts, de chocs, d’émotions, de rencontres, ou d’incidents. Pour Bernadète, tout au long des années, la découverte (puis le désir d’aller vers) de la peinture, de la littérature, de la musique, a fait sont lit, histoire de pouvoir se perdre dans Chagall, Bruegel, Giaccometti, de plonger dans Gaston Couté, Yves Bonnefoy, Jean Pierre Veronnet, d’être saisie par Sylvie Favre, Cathy Barraud, Ella Bonni, Nancy Houston, ou de s’abandonner aux écritures orientales qui faisaient comme par miracle le joint avec les langues, avec Pierre Michon, Henri Bauchau et tant d’autres. Les êtres humains, quand ils le peuvent et/ou quand ils le veulent et/ou quand ils le savent, créent leur propre mouvement intérieur, avec l’air du temps ou sur des sentiers imprévus. Ici ce sont Barbara et Coltrane, Hamed Jamal et les impromptues de Schubert, Litz et ses œuvres pour piano, Romane, Léo Ferré, Buster Keaton et le fils de Chaplin, Peter Brook ou encore Odile Azagurry, qui ont formé une improbable constellation d’ivresses de l’âme et de l’esprit, l’intelligence du cœur de Bidaùde.

    Dans son histoire, Jean Loïc Le Quellec est un compagnon d’étoiles, de terrain, de caillasses, de sentiers à peine visibles, du parcours du temps. A marcher avec lui dans le Sahara des semaines entières, face à des traces artistiques millénaires (les gravures rupestres), dans des dimensions qui rendent suspectes toutes tentatives de cloisonner la vie, Bernadète a fait l’initiation d’un matériel immatériel, de vastes espaces à peine troublés par la présence humaine, jusqu’à reconsidérer ou considérer la parole d’une autre manière.

    Décrire en quelques lignes quelqu’un et son voyage (sa quête) est impossible, tout juste pouvons nous donner quelques signaux, des bribes, comme celles, pour Bernadète, de Lévi- Strauss, de Dumezil, ou de cette «peur de la nature » de François Terrasson, qui reste comme une boussole. Forcément dans quelque chose d’absolu.

    « On ne peut être sans la rencontre. Elle est au cœur de tout », dit Bernadète Bidaùde. Tout ce qui est écrit ici, de ses premières expériences professionnelles aux luttes d’intermittence d’il y a peu, de ses créations si souvent rattachées aux territoires ou aux humains qui l’accueillent, aux errances dans les langues de son compagnon, de ses amis, en témoigne ! Comme l’illustrent ses collaborations artistiques, avec Michel Faubert, Hamadi, Michèle Bouhet, la Cie de la Trace ou le Théâtre Athanor, la Manufacture Verbale ou Jos Houben lors d’un master class international à la Roseraie de Bruxelles.

    C’est en 1990, aux Arts du Récit de Grenoble, que Bernadéte a présenté sa première grande écriture, sa première création : La Dame Blanche. Qui aurait pu penser ce qu’il adviendrait ? Des créations qui ont suivi ? Pièce après pièce ou récit après récit, « pays » après « pays » ? Et elle, conteuse-écrivain ou auteure-conteuse, pouvait-elle savoir jusqu’à cette manière si particulière qu’elle a choisi de s’immerger encore et encore, plus que jamais peut-être, sur des territoires dont elle est à chaque fois l’arpenteuse, auprès/avec des communautés humaines qu’elle écoute comme on écoute le pouls de la vie ?

    En 2009, presque 20 ans après la venue de sa Dame Blanche, Bernadète Bidaùde poursuit ses collectes, les semailles humaines comme les récoltes de toutes sortes, celles du réel et celles d’étranges fictions, et comme toujours, le réel et l’irréel se plaisent à brouiller les pistes. Les mots sont là, les langues de Bidaùde également, avec en plus, d’autres horizons, ceux de la photographie, qui viennent se poser sur la Parole. Et demain ? Demain est un autre jour. Une page est tournée. Il reste à y écrire ce qu’il adviendra. Et sera désiré. Ou nécessaire.

    Parmi ses publications et édition phonographique on retiendra les suivantes :

    Contes du Marais - avec Jean-Loïc Le Quellec, livre et cassette (Geste Editions -1994-épuisé)

    Le Roi des Oiseaux — illustrations de Joëlle Jolivet (Syros 1996)

    Jason ou les Ailes du Désir — images de Marlène Lebrun (Siloé 2004)

    Tourmente -images de Marlène Lebrun (Traces 2006)

    Le Petit Rat, illustration de de Clothilde Perrin, (Syros)

    Pomme d’Amour -Musique de Thierry "Titi" Robin (guitare, oud) (L'Autre Label-1996),

    Adèle, Robert et les autres - Musique Jean-Louis Compagnon (guitare) (L'Autre Label-1999)

    Jason ou les Ailes du Désir - Musique Jean-Louis Compagnon (guitare) et Francis Varis (accordéon) (L'Autre Label-2003)

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