
Simple et divinement jubilatoire, assez fou sur un plateau et fondamentalement irradiant, Alberto Garcia Sanchez fait un travail d’acteur, de conteur, de diseur, de manipulateur épique, dans le rythme paradoxal d'un sprinteur marathonien. Il y a dans sa manière jouissive d'être en scène, la justesse et la performance, la générosité et la parlure, l’équilibre et le souffle au long cours. Avec ou sans lumières, avec ou sans décors, avec ou sans régies, avec ou sans ce que l’on veut, il campe bien l’acteur face et dans le récit. Voir Johan Padan à la découverte des Amériques.
Alberto García commence le théâtre à Barcelone dans la troupe Teatre Arca à la fin des années 80. Dix créations naissent de cette période, centrées sur le jeu de comédien, le contact direct avec le public et l'improvisation, jouées dans toute l'Espagne et dans quelques pays latino-américains, dont le Nicaragua Sandiniste. Entre 1991 et 1993, naviguant entre la Belgique et l'Allemagne, il suit la formation de l'Ecole Internationale de Théâtre Lassaad. Avec l'Ensemble Materialtheater, il participe à la création de "La Belle et la Bête", "Polar Poulet", "En attendant Bill Gates" et "Solaris". A partir de 1996, outre son travail de comédien, il se lance dans la mise en scène (travaillant avec Miriam Goldschmidt) avec la compagnie Le Chien Qui Tousse, le Cirque Chnopf de Zurich, l'Espace Masolo à Kinshasa et spécialement avec la conteuse Michèle Nguyen avec qui il collabore à la création de ses neuf premiers spectacles. Il prend en charge la mise en scène d’une oeuvre réalisée par les prisonniers de la Prison de Saint Gilles à Bruxelles et du spectacle « Le Cadeau », projet international avec des comédiens venus de la France, l’Allemagne et la R.D. du Congo. Il revient sur la scène comme conteur-acteur avec "Johan Padan à la découverte des Amériques" de Dario Fo, spectacle transfrontière présenté en Belgique, en Allemagne, au Canada, en France en Espagne et en la RD du Congo. En décembre 2001, le journal allemand Stuttgarter Zeitung lui décerne le Prix Spécial du Jury du meilleur comédien.
A propos de Dario FO
Inutile de dire que dans l'esprit, la lettre, la pensée, la critique, le siècle, l'engagement, l'arme de la dérision et la résistance de l'art, Dario FO fait partie des ombres protectrices de FRONTAL. Il en est membre d'honneur à vie, le bougre.
Dario Fo naît dans une famille ouvrière au convictions antifascistesLe avec un grand père qui le sensibilise au théâtre populaire et à la tradition orale. Après des études d'art et d'architecture, Fo travaille à la radio et y écrit une série 'Poer nano'. Ses débuts sur scène datent de 1952 à Milan comme acteur de cabaret et de revue. La même année, il collabore à des revues de critique sociale et joue au Piccolo Teatro. En 1954, il se marie avec l'actrice Franca Rame avec qui il créé sa propre compagnie, écrivant des farces puis des comédies. Le succès mondial vient en 1960 avec Gli arcangeli non giocano a flipper. Il entre ensuite dans l'action militante avec le collectif Nuova Scena, en 1968, et La Comune en 1970. Ce sont les spectacles de cette période qui fondent sa notoriété de « jongleur » allant dire en tous lieux, jusqu'à la télévision, la révolte et le rire incommodes des opprimés, le Mystère bouffe (Mistero Buffo, 1969).En 1970, Fo rompt avec le parti communiste. En 1974, il obtient un théâtre permanent, inauguré par la représentation de la pièce Faut pas payer!. Anti-conformisme, civisme, engagement politique et social les entraînent dans d'innombrables procès contre l'Etat, la police, la censure, la télévision voire le Vatican. En 1980, on interdit à Fo d'entrer aux Etats-Unis du fait de son affiliation au 'Soccorso Rosso', soutien aux détenus. Le couple écrit une série inspirée par la lutte des Italiennes pour obtenir droit au divorce et à l'avortement. En 1997, Fo obtient le prix Nobel de littérature, pour avoir, dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé les pouvoirs et restauré la dignité des humiliés.
Sur sa pierre tombale, il souhaite que l'on inscrive: Le clown est mort. Riez !. Philosophe et saltimbanque, Dario Fo, est toujours resté fidèle à la satire. Lorsqu'on lui décerna le prix Nobel de littérature, en 1997, on célébrait le dramaturge le plus joué dans le monde - 300 productions par an de ses 80 pièces, traduites en 30 langues - l'acteur, le mime, le metteur en scène, l'historien d'art, l'architecte, le peintre… Mais aussi l'anticonformiste, le passeur de mémoire qui, depuis les années 1950, s'est engagé dans des luttes politiques et sociales au prix de bien des démêlés avec l'Etat, la police, la censure, la télévision, le Vatican, la droite et la gauche.
Les pièces satiriques des années 1950 dénoncent les industriels, le clergé, la Mafia... En 1968, il se produit dans les usines occupées, sur les places, les marchés. Plus tard, il défend le divorce, l'avortement et la cause des juges anti-Mafia. J
.../... Je ne suis pas un politicien. Mais je suis un homme de mon temps et je m'insurge contre la façon dont notre pays est géré aujourd'hui. Nous sommes devant un paradoxe insensé, digne d' Ubu roi. On édicte des lois spécialement faites pour le roi Berlusconi, on choisit des ministres dans sa cour qui défendent ses seuls intérêts. Et le public applaudit. Il Cavaliere possède quatre chaînes de télévision et contrôle les publiques. Il a acheté les principaux magazines et quotidiens - les autres ont été acquis par son frère - les maisons d'édition, les salles de cinéma.... On bannit des journaux télévisés ce qui pourrait nuire à son image et les journalistes qui ont osé s'opposer à lui. Enzo Biagi ou Michele Santoro ont ainsi été effacés de l'écran. Berlusconi jouit d'une totale impunité. Je pense aux gaffes de Berlusconi, celles qui lui ont valu le titre de «Miscommunicator of the year» [attribué par la Foreign Press Association]. Il a traité le social-démocrate allemand Martin Schulz de «kapo nazi» et a décrété que «Mussolini n'a tué personne; au pis, il envoyait les opposants dans des camps de vacances». Il a expliqué, assis à côté de Vladimir Poutine, qu'en Tchétchénie il ne s'était rien passé de grave. Il a affirmé: «Les juges italiens sont mentalement dérangés: des fous anthropologiquement étrangers à la race humaine». En visite à Wall Street, il a invité les Américains à se rendre plus souvent en Italie, "où il n'y a plus de communistes, mais où, en revanche, on trouve les plus belles secrétaires". Au sommet de l'Otan, il a voulu raconter les origines de Rome, en appelant Remus «Remulus» et en décrétant que Jules était le fils d'Enée, alors qu'il s'agit d'Ascagne. Au mariage du fils du Premier ministre turc, il a fait le baisemain à la future épouse musulmane couverte de voiles. C'est un camelot, sans aucune culture. J'entends dans les discours politiques les mots utilisés pendant l'ère mussolinienne.
Peu après, en 1973, Dario Fo et Franca Rame mettent en scène le spectacle Poum, poum! Qui est là? La police!, dénonçant les répressions policières de cette époque, les «années de plomb». Le 9 mars, Franca Rame est kidnappée par un groupe de cinq néofascistes... Ils lui écrasèrent des mégots de cigarette sur la poitrine. Ils lui taillèrent la peau avec des lames de rasoir. Il la violèrent, tour à tour, pendant des heures. Franca raconta l'histoire à la police, mais elle omit le viol. En 1978, elle eut l'immense courage de raconter ce cauchemar sur scène. [ Dario Fo a les larmes aux yeux. ]. En 1987, deux repentis néofascistes révélèrent aux juges que la «punition» de Franca avait été décidée par des carabiniers de la division Pastrengo de Milan. L'un des deux hommes, capitaine à l'époque, raconta que, cette fameuse nuit de 1973, la nouvelle du viol avait été accueillie à la caserne «avec une grande euphorie». Malheureusement, ces aveux sont arrivés trop tard : les faits étaient déjà prescrits.
Lorsque qu'il reçoit le prix Nobel, il distribue aux membres du jury des croquis satiriques dessinés par lui. Puis entame la lecture d'un discours intitulé Contra jogulatores obloquentes (Contre les bouffons), en rappelant au roi de Suède qu'en 1757 son pays avait promulgué une loi contre les saltimbanques, et en lui demandant ensuite : « Etes-vous conscient du fait que vous venez de couronner un bouffon? ».
Le rire et encore le rire. Lorsqu'un enfant naît, ses parents s'empressent de le faire rire, en lui faisant des grimaces. Pourquoi ? Parce que, au moment où il rit, cela signifie que l'intelligence est née. Il a su distinguer le vrai du faux, le réel de l'imaginaire, la grimace de la menace. Il a su voir au-delà du masque. Le rire libère l'homme de la peur. Tout obscurantisme, tout système de dictature est fondé sur la peur. Alors, rions !
Bibliographie italienne
Gli arcangeli non giocano a flipper
Aveva due pistole con gli occhi bianchi e neri
Chi ruba un piede è fortunato in amore
Isabella, tre caravelle e un cacciaballe
Settimo: ruba un po’ meno
La colpa è sempre del diavolo
Grande pantomima con bandiere e pupazzi piccoli e medi
L’operaio conosce 300 parole, il padrone 1000: per questo è il padrone
Legami pure che tanto io spacco tutto lo stesso
Vorrei morire anche stasera se dovessi pensare che non è servito a niente
Tutti uniti! Tutti insieme! Ma scusa, quello non è il padrone ?
Fedayn
Mistero Buffo
Ci ragiono e canto
La marcolfa
Gli imbianchini non hanno ricordi
I tre bravi
Non tutti i ladri vengono per nuocere
Un morto da vendere
I cadaveri si spediscono e le donne si spogliano
L’uomo nudo e l’uomo in frak
Canzoni e ballate
Morte accidentale di un anarchico
La signora è da buttare
Coppia aperta, quasi spalancata
25 monologhi per una donna
Una giornata qualunque
Il papa e la strega
Il primo miracolo del bambino gesú
Dialogo con i matti
Joan Padan a la descoverta de le Americhe
Il diavolo con le zinne
Lu santo juliare Francesco
Il tempio degli uomini liberi
Ubu roi, Ubu bass
L’anomalo bicefalo
Bibliographie française
Mort accidentelle d'un anarchiste
Faut pas payer !
Mystère bouffe (Mistero buffo, 1969)
Histoire du tigre et autres histoires
Récits de femmes et autres histoires (avec Franca Rame)
Premières farces
Klaxon et trompettes... et pétarades
Le gai savoir de l'acteur
Johan Padan à la découverte des Amériques
Le Pays de Mezaràt